Pour moi la mort est un train longeant un lac paisible. Il y a un compartiment vide ; il est propre et d'une simplicité réduite au minimum: le cuir des banquettes est lisse comme si personne ne s'était jamais assis ; pas une trace sur la vitre ; pas une poussière sur les lattes de bois qui couvrent le sol. Le train avance, ni trop lentement, ni trop rapidement, mais paisiblement. Dehors le lac semble plongé dans le sommeil : pas un souffle de vent ne vient rider sa surface. Mais le paysage n'est pas figé comme le serait une photographie. Il est là, présent, mais distant...un paysage de souvenir. Je ne m'assieds pas et reste debout à l'entrée du compartiment. Je suis bien debout, mes jambes me portent sans souffrir, d'ailleurs ce ne sont plus mes jambes : de celles-ci il ne reste que la trace. De mon esprit il ne reste qu'une pensée immobile et respirante. Enfin penser que mon c½ur bas et ne pas le sentir, enfin penser que je vois, sans voir. Sous les yeux le lac défile mais jamais ne s'éloigne. Ce train est dans l'instant éternel du passage du tout au rien, mais qui sait si ce passage n'est pas éternel et que rien n'est pas.
La vie est violente et déchire, elle brûle et piétine, nous tord comme des chiffons de soie. La douleur est vive parce qu'elle est vivante.
La mort attend mollement dans le silence ; ce n'est pas la mort qui est violente, c'est ce que nous, vivants, faisons de notre monde. La morte est molle et paresseuse, on s'allonge et on ne fait plus rien ; on attend que rien se passe.
Si la mort rend triste, c'est parce que ceux qui vivent la ressentent et se blessent.
Ce n'est pas la mort qui effraie, c'est la vie.